Un poisson nommé Kun

C’est un spectacle de théâtre musical, ou peut-être plutôt un concert avec des comédiens, ou non, un spectacle d’ombre rythmé par des percussions corporelles…

Bon, c’est un spectacle qui tente de comprendre la pensée de Zhuang Zi (prononcé Tchouang Tseu), qui est un anarchiste, enfin, un philosophe, ou plutôt un homme qui a peut-être existé vers -500 avant Jésus (qui a lui aussi sûrement dû exister), en chine (à l’époque ce n’était pas encore la chine), mais on n’est pas vraiment sûr que le texte soit de lui.

La musique est plutôt rock, mais avec un penchant pour la musique écrite du XXIème siècle, dite « contemporaine », mais vu qu’il n’y a que des percussions et du chant (mais beaucoup), c’est pas vraiment du rock, ni du jazz, quoique dès fois…

Le texte, lui, raconte l’histoire, ou plutôt les histoires, d’un maître et d’un élève qui suivent le fleuve, à moins que ce ne soit le fleuve qui les suive. L’élève essaie de comprendre ce que dit le maître, qui lui, tente de lui expliquer qu’il ne faut pas comprendre, mais savoir directement. Il essaie de lui expliquer avec des mots qu’il faut oublier ces mots pour véritablement comprendre ce qui doit être directement su.

Mais ça, il le fait avec beaucoup d’humour, ou de rage, dès fois de poésie, mais le plus souvent, en marchant avec les mains.

Les ombres, quant à elles, cachent la lumière pour que les choses soient vues. Les marionnettes se cachent derrière des tambours volants pour qu’on les aperçoivent en train de faire semblant de chanter.

Comme dit Zhuang zi, « rien au monde n’est plus grand que la pointe d’un poil en automne ».

LE GRAND SBAM/ Furvent

YI YIN

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Le Yi king , livre ancestral chinois, à la fois oracle et précurseur de la pensée taoïste, est basé sur 8 trigrammes de base, qui, par association, génèrent 64 hexagrammes. Ce système très précis, fruit d'une longue observation du monde et de l'être, explique, interprète les choses de la vie en perpétuelle mutation, grâce à ses symboles très inspirant.

 

Ces 8 trigrammes ont un caractère bien défini (le tonnerre, le ciel, la montagne, etc…), auquel j'attribue pour chacun un instrumentiste dont le caractère (humain et instrumental) me semble similaire. Connaissant bien chaque musicien, j'ai trouvé une vraie logique à leur attribuer ces éléments primordiaux:

Le batteur est le tonnerre, représentant l'impulsion de toute chose. Le pianiste est le ciel, base dans laquelle le monde peut se créer. La claviériste (moog/rhodes) est la terre, socle nourricier et mouvant, concrétisant le monde. La chanteuse soprano est le vent, souffle de vie. La chanteuse mezzo est le lac, le joyeux. Le joueur de cymbalum est le feu, source lumineuse et fugace. Le percussionniste est la montagne, pilier immobile donnant l'assise. Le bassiste/joueur de mellotron est l'eau, vital mais inquiétant, insondable.

 

Dans le Yi King, il existe l'ordre intérieur des 8 trigrammes, déterminant les lois de succession des éléments constituant notre monde, et nous-même. D'où la possibilité d'anticiper sur cet ordre, afin de prédire l'avenir.

Il y a aussi l'ordre antérieur des trigrammes, celui-ci concerne le monde cosmique, qui régit notre monde mais ne nous affecte pas directement.

Ces 2 ordres se représentent circulairement, et cette représentation donne à voir les couples d'opposé qui, selon la lecture, soit se complètent, soit se combattent.

 

FORME

 

Le processus musical débute avec l'écriture d'un solo par instrument, noyau dans lequel s'exprime la nature du trigramme qui lui est affecté. Puis vient l'orchestration, où tous les instruments vont mettre en valeur et donner corps à ces soli. Ensuite, ces parties se succèdent selon l'ordre intérieur, qui contient cette logique ancestrale où se succèdent les choses, comme les saisons se succèdent.

Au sein de ces 8 grandes parties vient s'interposer assez rapidement pour chacune son opposé de couple, ce qui donne musicalement des repères, car chaque partie sera répétée, une fois succinctement, l'autre fois de manière développée.

Enfin, un dernier procédé a lieu pour faire entendre l'ordre antérieur au sein de cette grande forme, où l'on retrouve à plusieurs reprises les 8 trigrammes (dans l'ordre intérieur et en couple). Chaque trigramme, lorsqu'on le retrouvera en position selon l'ordre antérieur, va subir une mutation de mise en boucle de certains éléments, souvent les plus caractéristiques. Ce qui fait qu'on pourrait suivre cet ordre antérieur (dès qu'on entend cette mutation assez flagrante) logé au sein de l'ordre intérieur.

 

TEXTE

 

J'ai écrit le texte dans un français "yaourt", avec une logique de succession des idées en amenant une autre, proche d'une écriture automatique, mais resserrée sur un thème précis, celui de chaque trigramme. Ainsi, le son de la langue est autant déterminant que le sens, qui se retrouve plus évocateur, moins déterminé par un sens unidirectionnel. On aura par exemple dans le trigramme du vent " soufli blastou sifloventéoval rafali tonutriyè tiotiènio éolié laliéné", dans le lac joyeux "dansiné jouanjouisé lakésiboneur troubladouri anchatouiyé poissi kaïé iriségaléricochine la boté en jouarikiyécoren jou"…

 

Une sélection du texte chinois issu du Yi King est également utilisée pour structurer, présenter chaque couple, ainsi qu'un texte introductif. Le chinois étant une langue tonale, elle offre d'emblée une musicalité que j'utilise comme matériau mélodique, rythmique, de timbre…

 

MUSIQUE

 

Cet ensemble est composé de musiciens provenant aussi bien de la musique classique/contemporaine que des musiques rock, jazz, improvisées, ce qui me permet d'écrire dans un langage hors de toute esthétique fermée. On pourra retrouver des processus contrapuntiques, des imbrications rythmiques inspirées de musique pygmées, des circulations du son spatialisé, du traitement électrique de certains instruments, des plages improvisées…

L'écriture garde constamment l'idée de musique de groupe, où l'écoute entre les musiciens reste primordiale, car les points de repère changent constamment d'endroit, les imbrications rythmiques, contrapuntiques ou de timbre, obligent à faire corps les uns les autres. D'où l'exigence d'un ensemble de musique contemporaine, alliée à la logique d'un groupe de rock.

L'idée du Yi King implique cette vision des choses, car elle considère que toutes les choses sont interdépendantes. Pour prédire l'avenir d'une chose, de quelqu'un, on doit prendre en compte son environnement physique et psychique, sa chronologie, sa conjoncture, sa relation avec le monde actuel, le hasard qui l'entoure, résultant une sorte de prise de conscience la plus large possible, pour ne pas dire totale.

LE GRAND SBAM/ trou de ver

Ensemble Mutant Lyonnais, créature sensible à 20 têtes et 80 pattes fusionnant les musiques terriennes aux vibrations cosmiques.

Orchestre d'interprètes, compositeurs et improvisateurs.

Hydra - G.MEIER
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CHAOS

http://grandsbam.org/index.php/chaos/

 Spectacle inédit né de l'alliance d'une flamenquiste et d'un expérimentateur de rock, Chaos confronte toute la richesse et la complexité de leur langage, invente un nouveau son, créatif acoustiquement (fabrication de lutherie spécifique, batterie "préparée", recherche de matériau pour les planchers de danse…) comme électroniquement (utilisation de capteurs de mouvement, spatialisation du son en huit points entourant le public…).

Le duo, passionné du Zarathoustra de Nietzsche a travaillé en résonance avec le thème du livre en axant sa réflexion sur les 3 principales parties du livre (1: le chameau enchaîné à la culture et la religion. 2; le lion révolté. 3; l'enfant qui retrouve sa nature propre.). A cette évolution philosophique, Chaos fait se correspondre des codes, émotions, formes issus du flamenco, ainsi que des procédés chorégraphiques, où l'outil informatique, créant un son résultant du mouvement, exalte toute la dramaturgie et la magie du spectacle.

Maria Gasca; danse, percussions

Guilhem Meier; batterie, programmation

OP CIT.

"Le siccoti des cajoles  de riau et empli" (commande d'état en 2013) pour l'ensemble Op.Cit (dir.G.Bourgogne); série de pièces traitant du rapport tradition écrite/orale, mélangeant jeu d'improvisation et écriture, basée sur des chants arabes, juifs, espagnols…

Extraits du concert oct. 2015

Sîna Mrû - G.Meier
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Il pleut sur mes larmes - G.Meier
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Taïra fantasy - G.Meier
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OUT UTERO

"Out Utero" (2014) pour Orchestre symphonique.
La pièce, dédiée à mon père et ma fille, est un regard sur l'énergie rock, traitée de manière écrite, avec un langage complexe. La technique du cut-up y est entre autre utilisée pour insuffler une sauvagerie enfantine, tout en créant une forme cyclique de destruction/création.
On pourrait se représenter un bébé jouant avec les éléments qui l'entourent; il va jeter des choses, garder de manière obsessionnelle d'autres choses, passer d'une activité à une autre sans transition, chantonner, râler, etc...Comme si l'orchestre était son terrain de jeu, il va se faire succéder des modes de jeu, des intentions radicalement différentes, ainsi que des rejets violents, ou des obsessions…Toute cette activité qui paraît chaotique est en fait le processus de création, ou du moins, d'apprentissage du monde.

La forme d'Out utero installe une dualité entre la relation fracturée de ces éléments pré-existants (soit la force juvénile de destruction/création) et la structure qui tente d'équilibrer cette force (soit la sagesse de l'âge). Le titre fait référence à l'album "In utero", de Nirvana, qui marque le déclenchement de ma pratique musicale, ainsi qu'une opposition (seulement dans la forme) à la musique de mon père.

Extraits du concert de l'Orchestre symphonique du CNR de Clermont-Ferrand, 2014

Out Utero extrait 1 - Unknown Artist
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Out Utero extrait 2 - G.Meier
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Out Utero extrait 3 - G.Meier
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LE GRAND SBAM/ vaisseau monde

Mamcochon et Princesse Goyaya maintiennent le Vaisseau Monde du Grand Sbam en apesanteur à l'aide de leurs douces et puissantes voix aux pouvoirs antigravitationnels assistées par 4 éminents spécimens du Sbam.

Les lotus ont fleuri - G.MEIER
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RESONANCE CONTEMPORAINE


"SAHASRÂRA", création (prévue fin 2018) pour les Percussions de Treffort, 3 des 6 Voix Solistes, et J.Martin Maresco, Dir. Alain Goudard.

Très inspirée par la lecture de "Psychologie du yoga de la kundalinî" de Carl Gustav Jung, l'oeuvre se construit autour du cheminement du serpent kundalinî, qui, par le biais de ce yoga, s'élève de chakra en chakra, dont chacun correspond à un état, une étape dans la réalisation de l'inconscient, du Soi. Le chakra Sahasrâra étant le dernier, hors de portée.
Il s'agit d'une expérience pour se séparer de notre carapace et retrouver l'essence de l'être.
La manière atypique de travailler de cet ensemble (dont les percussionnistes sont handicapés mentaux) est adéquat à l'esprit de la pièce et ressemble à mon approche de musicien de rock; ils doivent tout apprendre par coeur, ce qui nécessite du temps, une véritable implication et une compréhension forte. Elle a pour résultat un lâcher-prise qui correspond complètement à l'état psychologique que vise le yoga de la kundalini, afin de lâcher son ego. De plus, les percussionnistes sont dans une approche de travail commun où les habitudes prises dans le processus de création deviennent indissociable de la musique, et les rend interdépendants. C'est une idée forte dans l'écriture de cette pièce, sans soliste, où, à l'instar du serpent de la kundalini, chaque élément se connecte à l'autre pour pouvoir se dérouler.

TEXTE
J'ai sélectionné, dans un recueil de Kurt Cobain, des écrits, sous forme de aïkus, qui m'ont inspiré par leur côté contradictoire, spontané, parfois marqué d'un élan vital. Ces textes sont pour moi une manifestation humaine, désespérée d'une volonté à purifier son esprit.
Le lien entre des textes du chanteur de Nirvana (terme sanskrit évocateur) avec ceux des yoga sutras, ou d'autres mantras, me parût évident. L'un est un cri, un combat entre le moi et le soi, l'autre est un moyen pour parvenir à la plénitude du soi. Se crée alors un dialogue entre les textes de Cobain, chantés/scandés par le percussionniste central, et les textes sanskrit, chantés/scandés par le choeur féminin, sorte de théâtralisation de la quête spirituelle.

Ces deux textes utilisent le son émis par la voix non seulement pour la puissance que leur sens déploie, mais surtout pour la vibration physique qu'elle engendre, processus mystique pour la transformation de la conscience.

MUSIQUE
La contrainte d'écrire une musique qui, du moins pour les percussionnistes, doit pouvoir être apprise par coeur, est stimulante, et pousse à une réflexion sur une certaine logique musicale, à une recherche de processus naturel. J'utilise un système de polyrythme qui croît simplement (3 contre 4, 4 contre 5, 5 contre 6…) et aide à la mémorisation de la structure. Un jeu d'imbrication, obligeant à se repérer aux autres, pousse les musiciens à connaitre chaque partie et donc à se situer à l'intérieur de l'ensemble.
La structure harmonique se base sur la conception de 4 claviers à 4 familles de sons (porcelaine,verre, bois, métal). Chaque clavier/percussionniste possède 4 notes formant une harmonie simple (sorte de pentatonique mineure) répartie sur les 4 matières différentes. Mais, si on joue uniquement sur les sons porcelaine, par exemple, l'harmonie devient complexe. De même, l'électrification d'une partie de ces éléments donnera une autre harmonie, plus rock, soulignée par cette électrification entendue dans un même amplificateur.
L'écriture oscille parmi ces possibilités d'harmonies simples, superposées, complexes, et la spatialisation devient inhérente à ce procédé, l'ensemble des paramètres musicaux s'y retrouvant liés.
Les chanteuses vont aussi faire de la percussion corporelle, et les percussionnistes utiliser leur voix, procédé d'échange/mélange des rôles, encore une fois pour unifier la dualité (acoustique/électrique, instrument/chant, individu/collectif, "normal"/"anormal", simple/complexe, moi/soi…).
La pièce mêle l'écriture à des jeux d'improvisation, où tout est interdépendant, circulant de musicien à musicien, ne cherchant à former qu'une entité. Chaque musicien jouera en acoustique, ou électrifié, amenant une transformation de la matière que le percussionniste central gèrera avec des pédales d'effet et les gains des amplis.

MISE EN SPECTACLE
La disposition scénique propose un jeu de spatialisation, avec les percussionnistes en arc de cercle (donc entendu avec une spatialisation acoustique), dont chacun possède des éléments électrifiés qui seront entendus dans une même amplification, au centre (donc annihilation de la spatialisation). Inversement, les chanteuses sont regroupées au centre (donc sans effet spatial), et lorsqu'elles utiliseront leur micro, chacune sortira dans une amplification différente, située tout autour de la scène (donc avec spatialisation!).
Nous prévoyons une possibilité de jouer entouré par le public, afin d'enrichir sa perception.

Autres

Extraits de "Pierres d'eau" (2007), pièces pour 3 voix.

Florence Meier, Cyprile Meier, Jessica Martin Maresco; chant

D'où les joyaux sont taillés - Pierres d'eau
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"Houle" (2007), pièce acousmatique

Houle - G.Meier
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Xi (2007);

Anne-cécile Brielles; violon

Antoine Arnera; piano

Xi - G.Meier
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Berceuse - Pierres d'eau
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